Ce jeudi, la grève faisant des gares fantômes dans notre région, j'ai du me résigner à prendre ma petite auto secouante, en prenant au
passage quelques camarades, et l'autoroute de nuit...
Et cette sensation étrange d'être seul au milieu de la nuit, dans une voiture à peine chauffée, découvrant la route pleine de brouillard, les pointillés blancs qui réfléchissent la lumière des
phares.
Y'a comme une mélancolie qui s'échappe de l'habitacle, impression de solitude, de vide immense, de rouler je ne sais où au milieu de nulle part, somme d'excitation et de peur à la
fois...
Qu'est ce que c'est difficile d'être si émotif par moments, on aimerait enlever cette peau de douleurs, qui fait de nous un être de sentiments et d'affections, comme dirait Jean Jacques Lafont
"Encore un p'tit peu d'amour, un tout p'tit peu d'amour..."
Des messages que l'on envoie dans l'absolu de la nuit, lumières rougeâtres des autos devant moi, et lumières aveuglantes de celles que je croise, comme un flash éblouissant, l'impression de ne
plus savoir où l'on va l'espace d'un instant, ne plus voir le tracé de la route fléchée, panique à bord.
Je ne sais pourquoi ni comment, quand je conduis la nuit, il émane comme une sorte de tristesse au fond de moi, des frissons qui me parcourent le corps, la radio qui saute et une chanson que
j'aime me berce encore.
Couleurs périphériques d'une journée épuisante, où tournent les autos sur les échangeurs autoroutiers comme autant de vies qui s'allument, vivent, et s'éteignent. Une farandole de petites
lumières rouges telle la voie lactée donnent l'impression d'un show grandeur nature, l'époque des projecteurs multicolores sur des pistes de danses oubliées.
Et mon coeur, ma vie qui se balance dans cette auto qui s'en va toujours plus loin, dans l'infini d'une nuit qui ne s'éveille pas, slalome entre les clignotants, spotlights autoroutiers, on
voudrait partir encore et encore, ne jamais s'arrêter et peut être arriver dans un autre monde, un autre univers, qui sait... l'ombre et la lumière se mélangent, il faudra continuer sa vie,
retourner dans ses habitudes, j'étais si bien pourtant... assis dans cette voiture où les kilomètres défilent et m'endorment...
7h15, je m'engage sur l'échangeur de Versailles, Céline ferme les yeux, Claire ne dit plus rien... La radio souffle un air que je connais bien...
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